jeudi 5 octobre 2017

Le quatrième chat




Eh bien voilà, ça devait arriver : nous avons un quatrième chat depuis aujourd'hui. Il s'appelle Gredin. Quand il a débarqué il y a un mois, il était comme ça :




... et je l'ai ramené parce qu'avec mon boss, on s'est dit que peut-être, si quelqu'un s'occupait de lui, il n'était pas trop tard. Avec un peu de bol. Effectivement, ça a fonctionné, mais il m'a fallu donner beaucoup de moi, car ce qui était en train de le tuer, aussi tangiblement que la vermine, la maladie et le manque de nourriture, c'était l'absence d'amour.

Et c'est ainsi que ce matin, quand j'ai annoncé, avec une boule de bowling en fonte dans la gorge et des larmes sous les paupières : "Christophe me demande d'amener Gredin au refuge cet après-midi. Il y a des journées portes ouvertes ce week-end, il va être adopté, c'est sûr", on m'a répondu : "NON. Il est trop petit pour quitter la maison. D'ailleurs, il sera toujours trop petit".



Ca faisait huit ans que j'accueillais des chats de tous âges, tout cassés, sans me poser la moindre question ni dévier de ma ligne de conduite : on ne craque pas. Trois chats. Et huit ans que ça marchait.
Guillaume s'est donc lancé dans un patient mais féroce bras-de-fer pour me faire admettre que nous devions garder ce chaton, que c'était ce que je voulais, même si je ne m'en rendais pas encore compte. Je remercie au passage la contribution de notre amie Clémence, efficace et juste, comme d'habitude.



Alors il y a eu :

"Celui-là, c'est différent. Tu l'aimes plus, ça se voit". Ouais... je me souviens de chacun, depuis Châtaigne que j'ai biberonnée, à Tchuss le bébé koala, en passant par Ezia et son bassin fracassé, ils ont été des dizaines, et à chaque fois, il y a toujours eu un jour où je me suis dit : "celui-là est différent". Chaque fois. Et ça passe, et ils partent. Bon, ok, pour Gredin ça ne passait pas.

"Il s'entend super bien avec tous nos chats et tous nos chiens. Ca se passera bien". Hum... Mon pire cauchemar, ma bête noire, ma hantise : le nimal de trop. Celui qui fait basculer la situation jusque-là en équilibre. Qui est stressé, ou qui stresse les autres, qui les fait fuir, qui déclenche des bagarres et des pipis  partout. Je n'ai jamais eu de nimal de trop. Et si c'était lui ? C'est un bébé pour l'instant ! Comment savoir ce qu'il deviendra ?

"Tu me trouveras ce qui est capable de stresser les nimos... Tu passes ta vie à ramener des tas de bestioles, actuellement ils ont deux chatons sur le dos et ils sont tout contents... Jamais un problème... Ils aiment ça. Nous on aime ça, alors eux aussi". Et si Gredin, lui, n'aimait pas ça ? Si c'était le genre timide, sensible, fragile et inquiet ? Pour le moment, c'est plus le genre "moustique insolent à l'ego surdimensionné", mais bon... Au pire, eh ben, je n'accueillerai plus de chats. J'ai déjà bien à faire avec les NAC.



"De toutes façons, on devra bien un jour avoir un quatrième chat. Tu t'en rends compte. Alors pourquoi pas lui ? Il est super et tout le monde l'aime ici". Et là, je découvre une faille dans notre communication, parce que moi, j'envisageais pas du tout comme un étape obligatoire le quatrième chat. Mais alors, vraiment pas. On va déjà avoir un quatrième chien cet hiver, et notre doyenne chat a 13 ans. Je pensais naïvement qu'on attendrait son décès pour réadopter un chat.

"QUOI ??? Mais t'es pas au courant que j'ai signé un contrat avec Saori aux termes duquel elle ne va jamais mourir ???" Pardon. J'avais omis ce détail.

"Et puis tu mérites une récompense pour tous ces animaux que tu sauves". Hum. Les pauvres bougres qui triment toute la journée à gérer les gens qui gèrent les animaux, eux, ils méritent une récompense. Moi, j'ai la partie cool où tu t'amuses avec plein de petits loulous rigolos pour faire la jonction entre leur abandon et leur adoption. Plutôt chouette. Bon, il y a le ménage et les médicaments, c'est vrai.



"Et puis c'est bientôt ton anniversaire". Il y a des femmes à qui offre des diamants, des disques d'opéra ou des pinces recourbe-cils. Moi, on m'offre des chatons pourris. Soit.

"Et puis, comme le disent Bigflo et Oli : mieux vaut avoir des remords que des regrets. Lisa, la vie, c'est aussi se laisser un peu aller et laisser son coeur parler...". Bigflo et Oli. Carrément. Devant un tel argument d'autorité, je n'ai pu que céder.

Et voilà comment Gredin alias Moustique alias Nain de jardin alias Timomoche est devenu Le Quatrième Chat.

N'oubliez pas que le fantastique Joker cherche aussi une famille !

"Ce duo de chatons est sympa, faut avouer". Chut.






Carton plein !!!



J'écris un mot sur la séance d'hier car ça le mérite. Carton plein pour la team Colas, je suis heureuse !!!

Donc déjà, niveau "performance" (hum, le mot n'est sans doute pas le plus adapté mais je n'en vois pas d'autres) : top. Il y a pile poil deux semaines (je vous rassure on a couru entre-temps, on élève très graduellement le niveau de difficulté), Guillaume faisait sa première "longue", si vous vous rappelez, consistant en 3 min marche / 3 min course, pendant une heure. Eh bien, hier, on a fait 2 min marche / 6 min course x 7, soit 42 min de course au total sur la sortie ! Lors des dernières séries, les temps de récup' semblaient de plus en plus courts, mais... on est allés au bout ! Je suis d'autant plus satisfaite que je n'étais pas certaine que c'était déjà possible. Enfin, ça me semblait accessible, vu comme s'étaient passées les dernières sorties. Mais j'ai essayé "pour voir" sans certitude que ça passerait... Quelle fierté !

Par contre, on va quand même rester un bout de temps là-dessus. Histoire de consolider ! La progression jusqu'à présent a été constante et rapide, tellement que ça me fait presque peur. Je ne veux pas forcer !


Et il nous est arrivé un truc super chouette en plus : on a vu une chevrette ensemble pour la première fois ! Ca m'arrive très souvent, presque à chaque fois, de croiser des animaux sauvages. Vu les endroits et les moments où je cours, c'est normal. Mais c'était la première fois que nous vivions ça ensemble. Et de façon plutôt insolite : la chevrette se tenait dans une trouée de la haie qui sépare le sentier d'un pré. Complètement à découvert. Nous sommes passés à un mètre d'elle, bouches bées, abasourdis qu'elle ne bouge pas. Elle avait l'air parfaitement vaillante, pourtant. Elle nous a regardés comme une vache regarde passer un train  :) ! Elle a dû se dire que nous n'allions pas la voir, peut-être ? Fast, Metis et Mugen vaquaient à leurs occupations sur le chemin, ils n'ont même pas plissé le nez...à un mètre...

Guillaume m'a glissé : "nos chiens, c'est VRAIMENT pas des chasseurs". Ca, c'est sûr, mais ce n'est pas moi qui irait m'en plaindre ! Leur total manque d'intérêt pour le gibier nous permet quand même une sérénité incroyable. Alors, bien sûr, si ça leur démarre juste devant le nez, ils vont suivre. Sur cinquante mètres. Enfin, sauf Mugen, quoi. Elle doit toujours nous avoir en visuel, donc elle ne suivra que dans un champ, éventuellement, jamais en montagne ou dans les bois. Pour ça, ils sont reposants.

Je dois quand même à la vérité d'avouer que Fast fait de la prédation. Sexuelle. Heureusement, limitée à un certain type de chiennes. Il les aime de petite taille, le plus âgées possible, de préférence dotées d'une forte pilosité et d'une haleine très chargée (le mauvais caractère est un plus indéniable). Il se dégote comme ça des petites fiancées, toujours un vrai délice pour les sens. Par chance, ce genre de spécimen ne court pas les rues, on dirait que leurs heureux propriétaires les cachent (de peur des vols, certainement). Fast n'est donc pas trop soumis à la tentation.

Bref : une bonne sortie. C'est amusant de penser qu'au départ, je me suis mise à courir pour "être bonne en agility". Et j'ai couru de plus en plus, et j'ai même presque arrêté l'agility, pour vivre des moments comme ça, finalement.


mercredi 4 octobre 2017

Parfois au clair de lune



Hier soir, l'ambiance de la sortie était assez particulière : pour la première fois depuis des jours, un ciel absolument dégagé, et la lune phosphorescente. Quelque chose dans l'atmosphère, peut-être  ?

C'était la nuit. Les flaques et les étangs semblaient d'étain. Entre deux couverts de haies, nous traversions les champs baignés de lumière où les petits chiens couraient sans bruit, aussi légers que leurs ombres. Nos silhouettes se découpaient toutes nettes sur le chemin, projetées devant nous, comme taillées au couteau.

J'ai voulu prendre une photo car l'instant était rare. Guillaume a ri, a raillé. Tu ne comprends toujours pas comment ça fonctionne. Les photos c'est scientifique, c'est comme les ombres, ça a besoin de lumière pour exister. Les photos tu ne peux pas les tricher. Il y a des instants que tu ne peux pas capturer. Il faut juste être là.

Je commence à comprendre, mais j'essaierai encore, parce que j'ai trop besoin d'essayer. Le temps file, il coule entre mes doigts comme la lumière capricieuse, assez dense pour me parer d'ombre, trop insaisissable pour être fixé sur pellicule.

Alors, pour me souvenir, il reste les mots. Les émotions meurent, comme les papillons, quand on les fige pour les épingler. Peut-être vaut-il mieux les garder vives. Renoncer à vouloir s'en saisir, accepter la peinture imparfaite et lointaine des mots malhabiles, qui les laisse libres.

J'essaierai encore. J'écrirai encore.



mardi 3 octobre 2017

Débuts de fractionné



La sortie d'hier est la première où l'on a vraiment mis en place du fractionné, de la façon suivante :

4 minutes marche
6 minutes course modérée
2 minutes course rapide

Le tout 3 fois de suite... Quand on parviendra à ajouter une 4eme série, on verra à passer au niveau supérieur.

Cerise sur le gâteau, je n'ai plus du tout de souci de genou depuis cette sortie. Le syndrôme rotulien me jouait des tours depuis quelques semaines, comme à chaque changement d'intensité dans l'entraînement. Il faut dire que je n'ai pas été hyper maligne, puisque j'ai complètement zappé la PPG, ce que je paie toujours par un déséquilibre musculaire passager... Heureusement, aujourd'hui, tout est parfait : pas de douleurs, pas d'épanchements de synovie, ça fait du bien.

"Si tu m'enlèves mon coeur, moi je respire encore" : merci Guillaume Fast Metis Mugen.

dimanche 1 octobre 2017

Bienvenue, Joker !


Aujourd'hui, je vous présente le petit pensionnaire qui nous a rejoint jeudi : Joker. Ce petit bonhomme de six mois nous a été confié par la SPA pour le temps de sa rééducation. Il a eu une RTCF (résection de la tête et du col fémoral). Le post-op' de ce type de chirurgie est bien douloureux, mais il est hyper important que le chat se remobilise le plus rapidement possible ensuite. C'est ce qui a posé problème avec Joker : isolé, il refusait de bouger, restait couché tout le temps, et ne posait pas sa patte opérée lors de ses rares déplacements...



Bref, il a subi une fonte musculaire spectaculaire. C'est simple : sur le membre arrière gauche, la peau est littéralement collée à l'os de la cuisse et du bassin. Il n'y a plus du tout de muscle. Nous l'avons accueilli, le jour du départ d'Erwina et ses bébés, dans l'espoir que la présence de nos nimos le stimulerait (étant donné qu'il a déjà effectué sa quarantaine et qu'il est clean, nous pouvons le mettre en contact immédiatement avec tout le monde).


Le succès a été au rendez-vous ! Nous souhaitions pour lui une acclimatation en douceur, et nous l'avons installé au début avec notre petit Gredin. Ils sont tout de suite devenus copains, avec d'infinies courses-poursuites et bagarres pour rire ! Joker n'a pas froid aux yeux, il est hyper affectueux, joueur et sûr de lui. Du coup, dès le lendemain de son arrivée, nous lui avons permis de suivre Gredin dans le reste de notre maison, et il a ainsi été présenté à Fast, Metis, Mugen, Saori, Garfield et Max. Aucun problème pour notre Joker, qui cherche toutefois confirmation auprès de petit copain Gredin dès qu'il a un doute...





Nullement handicapé par sa patte folle, Joker grimpe et crapahute partout. En raison de son muscle absent pour le moment, il ne peut pas sauter vers le haut, mais il se débrouille pour se cramponner à ce qui l'intéresse et se hisser à la force des épaules ! C'est un athlète ! Vu comme il s'appuie bien sur sa patte, nul doute que le membre sera rapidement pleinement fonctionnel. Pour le moment, cela lui confère une démarche chaloupée assez marrante.


Je l'ai pris en photo aujourd'hui, il pleuvait, j'ai essayé des tas de trucs, avec et sans flash, c'est assez moche, mais je vais persévérer. Il a un look génial  : un vrai petit fauve, dans un genre très différent de Max, très panthère. Il faut dire qu'il fait dans l'original : c'est un tabby de base chocolat, une véritable rareté pour un chat de gouttière. On ne trouve ce type de couleurs (qui ne fait pas partie des couleurs dites "naturelles") que dans certaines races, ce n'est vraiment pas répandu dans la population féline "de hasard". Bref : il est superbe en plus d'être très sociable humains/chats/chiens, et très affectueux.






Joker est disponible pour être adopté une fois sa rééducation achevée :https://www.la-spa.fr/marennes






mercredi 30 août 2017

Moins qu'humaine



Je sais mieux que personne à quel point je suis fragile : une petite outre de sang et de viscères mollement écoeurante, à l'enveloppe de peau si fine qu'un rien la déchire, la transperce, en répand le contenu. La nuit, quand mes yeux deviennent noir et blanc, j'entends le ver qui se tord de douleur dans mon coeur. Mes veines me guident de l'autre côté du cauchemar mauve. Là, je défie le monstre aux cent yeux, aux cent bouches de sécateur.

Au matin je fuis funambule tailladée, vaguement ahurie d'en réchapper. C'est pourquoi je sais, je sais combien je suis difficile à tuer. D'une telle connaissance on ne sort pas indemne : aux rescapés il n'est rien pardonné. Alors, aussi laide que timide, je mendie maladroitement un peu de clémence. J'essaie de susciter davantage de pitié que de dégoût. De loin je vous observe  et m'applique à vous imiter. C'est sans espoir. Chaque coup, chaque éraflure donne raison à mes bourreaux : je ne pourrais jamais vous ressembler, je suis bien trop mutilée. Moins qu'humaine.


A l'intérieur et sous ma peau je suis seule enfin.

Tréfonds et confins, lisières et frontières, je retrouve ma terre. Là il y a mon souffle et le vent, mes pas et la mousse, ma peau et le soleil partout absent dans le ciel haut lointain. Là il y a le silence et la force, et le calme et la joie. Je pourrais vous raconter comment vous y rendre, mais à quoi bon ? Vous ne trouverez jamais le chemin, le chemin vers le monde intérieur des moins qu'humains.


Un jour, je déciderai de rester. Je brûlerai les ponts, je déchirerai les cartes, j'enterrerai les tapis volants. Je guérirai le monstre sécateur. Je vous oublierai. Je marcherai avec les loups, je chanterai avec les baleines, je plongerai avec les cormorans. Reine et souveraine en mon château. Libre. Moins qu'humaine.





dimanche 11 juin 2017

Booster votre humain





Vous rêvez d'un humain plus rapide, plus précis, plus concentré, plus appliqué, plus motivé, plus connecté ? Vous souhaitez améliorer les performances de votre meilleur ami, aussi bien à la maison que sur les terrains ? Amis chiens, Fast et Mugen vous livrent quelques pistes pour booster votre humain de compagnie, qu'il soit agilitiste ou promeneur du dimanche.


"Sa lenteur me désespère !", "qu'est-ce qu'il peut être têtu...", "il comprend vite, mais il faut lui expliquer longtemps", "mais il est aveugle, en plus d'être sourd, ma parole !", "j'ai beau être le plus motivant possible, il REFUSE de travailler". Ces pensées vous sont familières ? Rassurez-vous, même les plus grands éducateurs humains ont vécu le découragement face à l'inertie humaine. Avant toute chose, ces quelques éléments de biologie comparée vous permettront de mieux comprendre, pour mieux accepter...et mieux entraîner !

Les humains sont globalement plus grands, plus froids et moins denses que nous. Leur coeur bat très lentement. A masse musculaire égale, ils développent quatre fois moins de puissance que nous. Leur centre de gravité est absurdement haut placé et leur mode de déplacement consiste à tomber d'un membre inférieur sur l'autre. Leur fréquence de vision est bien moins élevée que la nôtre ; ils entendent environ quatre fois moins bien que nous ; quand à leurs capacités olfactives, elles sont si ridiculement faibles que je préfère ne même pas les mentionner.

Et, malgré tous ces handicaps, ils tâchent vaille que vaille de nous suivre et de nous aimer depuis la nuit des temps. Alors, témoignons au moins un peu de bienveillance devant les efforts déployés : la prochaine fois que vous observerez vos loulous ramer pour jouer au frisbee, rappelez-vous qu'ils ne voient que 16 images/sec, que leur course n'est qu'une succession de trébuchements rattrapés en catastrophe, mais qu'ils essaient tout de même, de toutes leurs pauvres forces. Emerveillez-vous de leur volonté, au lieu de vous agacer de leurs faiblesses ! Et travaillez à augmenter leurs capacités : la bovin-attitude n'est pas une fatalité !


Relation et motivation commencent par le jeu

Pour construire une belle relation avec votre humain, n'hésitez pas à user et abuser du jeu commun. Et pour cela, vous devez bien connaître votre humain, afin de lui proposer le jouet suprême, celui qui l'amènerait à vous suivre au bout du monde. Certains humains hyper joueurs de nature se laisseront immédiatement tenter par une balle, un frisbee ou un tug. Ne boudez pas votre plaisir ! Pour d'autres, moins joueurs, vous devrez être plus inventifs : livres, rouleaux de sopalin, coussins, pourquoi pas crottes de chats et mulots crevés durant vos balades ? Quand vous aurez trouvé LE jouet qui le fait bondir vers vous en frémissant d'excitation, vous avez gagné ! Pour les cas les plus difficiles à motiver, il vous faudra peut-être en venir à des jouets plus naturels pour eux, afin de titiller leurs instincts les plus primaires : les pièces d'habillement et les télécommandes feront merveille. Ici, le jouet de motivation ultime qui fait bondir notre mâle, c'est la manette de Playstation. Notre petite femelle ne résiste pas quand on lui présente une basket Converse : c'est l'appel du vintage !

Une fois votre humain amoureux de son jouet, présentez-le-lui le plus souvent possible : narguez votre humain, montrez le jouet, posez-le au sol, puis repartez avec à toute allure au moment où il tente de s'en emparer. Variez vos mouvements pour toujours surprendre votre humain et susciter son intérêt. Ne cassez pas sa motivation : n'oubliez pas de lui apporter le jouet et de le laisser le prendre à une fréquence suffisamment grande pour qu'il ne se lasse pas. Si vous rendez le jeu trop difficile pour lui, il ne voudra même plus essayer et se blasera. Il doit avoir le sentiment qu'il joue avec vous presque à armes égales, et même que le jouet lui appartient un peu. Rien de tel pour le motiver et construire une jolie association positive avec votre présence !

Gare toutefois : comme je vous le disais ici, certains humains très sensibles peuvent développer une obsession sur les jouets d'apaisement. Nous avons le souci avec notre petite louloute, qui ne peut pas entrer sur un terrain d'agility sans sa balle. Combien de fois avons-nous subi une longue et inconfortable attente devant la porte, l'humaine en bout de laisse, inconsolable, poussant de puissants pépiements d'alerte qui résonnent dans tout le club, jusqu'à ce qu'un de ses congénères lui vienne en aide ! (Pour plus de précision, se reporter à l'excellent ouvrage de Fast, "Amerd Jépadbal" - Stratégies coopératives et entraide chez un groupe d'agilitistes rhônalpins). Prudence donc avec les jouets : ils doivent être des leviers de motivation, pas des motifs d'obsession.

Quand vous avez le sentiment que votre humain est fou de vous et que vous êtes le centre de son univers, vous pouvez augmenter le niveau de difficultés en ajoutant des distractions extérieures : congénères et sonneries.

Le confronter aux distractions : les congénères

Les humains ne sont pas tous égaux devant leurs congénères. Nous avons ainsi deux profils diamétralement opposés : notre femelle n'est pas naturellement très portée sur ses semblables. Quand on l'amène au club, elle n'a qu'une idée en tête : coopérer, nous satisfaire. Elle a une énorme volonté de plaire et un excellent mental de travail. A tel point qu'elle se montrerait presque agressive avec les autres humains quand elle est au boulot ! "Ne pas déranger svp !" La petite coquine ! Nos amis savent qu'il vaut mieux ne pas trop laisser leurs humains s'approcher quand elle bosse...

Avec notre bonhomme en revanche, nous n'avons aucun souci de sociabilité, bien au contraire. Dès l'arrivée au club, son radar à copains s'enclenche, et il a les yeux qui crient "café" dès qu'il en croise un. Une vraie galère de le garder un minimum concentré sur nous...

La solution ? Lui apprendre à répondre immédiatement à un signal de votre choix, qui vous permettra de le reconnecter. Vous pouvez employer la technique du happy trick que nous évoquions ici, mais il est également intéressant d'avoir un signal spécifique pour lui signifier de s'occuper de vous et de vous uniquement. Comme toujours, on procède par étapes : pour un humain peu sensible en début d'entraînement, je vous recommande un signal hyper lisible et très clair. Tirer sur la laisse en sautant partout fonctionne très bien ; certains jours de grande distraction, Mugen se voit obligée d'y ajouter des aboiements pour vraiment reconnecter son mâle et se faire offrir une séance de marche au pied connectée avec fromage et tug. Une fois que votre humain a bien compris le signal et y répond à tous les coups, vous pouvez l'effacer graduellement, ce sera beaucoup moins fatigant pour vous que d'avoir à gesticuler en râlant chaque fois que vous voulez le remettre sur vous. Ainsi, pour notre femelle qui a de bonnes dispositions et un apprentissage bien mené derrière elle, Fast a juste besoin de haleter discrètement pour qu'elle se refixe proprement, se remette au boulot, et propose de l'eau/de l'ombre/une caresse/une séance de jeu, ou toute autre initiative adaptée.


Le confronter aux distractions : les sonneries

Le deuxième type de distractions qui pose traditionnellement problème, ce sont les sonneries. Sonneries de four, de téléphone, de porte d'entrée... Les humains sont génétiquement programmés pour réagir aux sonneries. C'est un instinct primaire très ancien. Ne vous leurrez pas : vous ne pourrez totalement effacer une telle réaction atavique. Mais avec une bonne relation, et beaucoup de renforcement positif, il est possible d'amener un humain à réagir moins fort, voire à différer sa réaction. Vous saurez que la partie est gagné le jour où il tendra l'oreille, puis vous jettera un regard en soupirant et attendra que vous ayez fini votre sieste sur ses genoux pour se lever. Ou bien, s'il tourne la tête un instant, puis se reconcentre sur le ballon et sur vous, et joue encore quelques minutes avant de s'éclipser. De tels efforts d'autocontrôle doivent être fêtés, renforcés comme il se doit : sachez récompenser l'intention.

Un point particulier sur la sonnerie de la porte d'entrée, annonciatrice de visites d'autres humains. Cette sonnerie-là est tout spécialement excitante et fait monter la pression instantanément. Nous vous recommandons un travail constant et cohérent dès le tout premier jour, si vous ne voulez pas devenir la cinquième roue du carosse. Les humains, sous le coup de l'émotion, peuvent agir impulsivement, et oublier la règle de base (à savoir : le chien d'abord, toujours et en toutes circonstances).
Appliquez simplement le même principe que pour tout autre comportement indésirable : faites en sorte que ce ne soit en aucun cas gratifiant pour votre humain de mal se comporter, de vous oublier. Ainsi, il ne pourra pas s'autorenforcer, et le comportement s'éteindra de lui-même ! Vous le savez : les humains sont de très malins petits opportunistes.

A la maison, nous leur laissons le choix : soit ils se comportent comme de gentils humains civilisés et s'occupent de nous dès que la sonnerie retentit, en nous installant dans un lieu agréable et calme, bien pourvu en nourriture, jouets et matelas confortables... soit ils distribuent à leurs invités des cuissardes de pêche, des coquilles de protection et des casques anti-bruit. Cette méthode a fait ses preuves : nos humains sont parfaitement contreconditionnés désormais. Quand le carillon retentit, il n'ont pas un regard pour la porte d'entrée, mais bondissent vers nous avec célérité. Le chien d'abord, toujours et en toutes circonstances.

Discrimination auditive et jeu du on/off (par Mugen)

Pour augmenter encore davantage la connexion entre votre humain et vous, ses capacités de concentration, et son acuité, tout en s'amusant, voici un petit jeu très rigolo et qui a fait ses preuves : la discrimination auditive.

Comme toujours, on démarre graduellement. Habituez votre humain à un bruit de machouillage courant, tel que celui du Kong : "squitchsquitch". Il doit y être parfaitement désensibilisé, ne plus y réagir du tout. Vous passez ensuite à la deuxième étape : proposez-lui un bruit de machouillage tout à fait autre. Veillez à ce qu'il soit très facile à identifier et à discriminer du "squitchsquitch". Personnellement, j'aime bien démarrer avec un chat : quand on le machouille, ça fait "meoooowwwfftttfftttffffttt", ce qui rend l'exercice hyper accessible pour n'importe quel humain, même bouché à l'émeri. Normalement, votre humain doit bondir de son siège (ou lâcher sa casserole, ou se couper en se rasant) avant de se précipiter vers vous. Grosse fête, félicitations, bon pépère ! Le chien d'abord, toujours et en toutes circonstances.

Augmentez progressivement la difficulté en passant à des objets de consistance de plus en plus proches du Kong : écharpes en mousseline ("froutchfroutch"), comprimés pelliculés ("croutchcroutch"), coussins ("scratchscratch"), chaussures de running ("squicksquick"), gants de chevreau de Belle-Maman ("quitchquitch")... avec, à chaque fois que l'humain discrimine correctement, beaucoup de renforcement de votre part.

Au fil des progrès de votre humain, variez les plaisirs et les situations pour ne pas émousser son intérêt. Par exemple, l'haltère en caoutchouc qui couine à 115 décibels ne le fera probablement pas réagir en pleine journée ; mais à trois heures du matin, le succès est garanti ! Vous verrez comme votre humain sera heureux d'avoir offert une réponse tonique et immédiate !

Votre humain y gagnera d'excellentes capacités de connexion et de concentration, mais aussi de l'explosivité, et la capacité de switcher du "off" (léthargie liée au sommeil ou aux consoles de jeu) au "on" (tous sens en éveil, oreilles frémissantes, muscles bandés). En bref : vous vous forgez un humain aware. Le mien est tellement aware, qu'il bondit parfois sur ses pieds en pépiant à pleins poumons parce qu'il a perçu une modification anormale dans la qualité du silence. Vigilance, attention, connexion au chien poussées à l'extrême par des mois d'entraînement. Mon Super-Humain ! Et vous, qu'attendez-vous pour entraîner le vôtre ?


Nous vous souhaitons beaucoup de plaisir avec votre humain !

Fast,
Educateur humain

(avec l'aimable collaboration de Mugen, instructrice certifiée en discrimination auditive et awareness)