mercredi 10 mai 2017

Troubles du comportement chez le chien : et si c'était la thyroïde ?

Je l'ai acheté récemment et lu dans la foulée ; j'ai laissé passer un peu de temps histoire de prendre du recul, parce que ça m'a laissée perplexe.

Le sujet de l'hypothyroïdie chez le chien fait couler beaucoup d'encre ces dernières années. C'est délicat de diagnostiquer l'hypothyroïdie canine avec certitude, entre autres parce que les dosages sont très difficiles à interpréter, la concentration en hormones thyroïdiennes dans le sang étant environ dix fois plus élevée chez nous que chez eux. Valérie Dramard, la véto comportementaliste qui a écrit le bouquin, s'est aperçue dans sa pratique clinique que bon nombre de chiens malades, ne répondant pas bien du tout aux psychotropes classiquement employés, voyaient leurs troubles fortement améliorés par une supplémentation en hormone thyroïdienne...et ce indépendamment des résultats d'analyses sanguines. Ce n'est pas tellement surprenant, quand on sait que chez nous les humains, on mène systématiquement une recherche d'hypothyroïdie chez les patients dépressifs répondant mal aux traitements.

Des chiens non hypothyroïdiens sur le papier répondent très favorablement à une supplémentation en lévothyroxine, donc. Mais c'est difficile de justifier d'un tel traitement auprès des propriétaires et des confrères quand les analyses reviennent normales ! Alors, le Dr Dramard a donné le nom de "syndrôme HypoLiT" (Hypothyroidism Like Trouble) pour qualifier ces chiens qui ne rentraient jusqu'alors dans aucune case diagnostique, et emporter les dernières réticences. Ca permet de dire aux propriétaires : "ah ben les paramètres sanguins sont normaux, mais votre chien a des symptômes d'hypothyroïdie : il doit souffrir d'un sydrôme HypoLiT. On va le soulager avec un traitement" plutôt que "ah ben les paramètres sanguins sont normaux, donc votre chien est juste barjo, mais on va lui filer des hormones pour voir si des fois ça aiderait pas". Hum, je caricature légèrement, mais vous voyez où je veux en venir.


Le livre est très bien fait et intéressant, en cinq chapitres :
1) Cinq études de cas
2) Une explication très détaillée des mécanismes, des symptômes et des traitements de l'hypothyroïdie chez le chien
3) Deux études de terrain portant sur les résultats de la supplémentation en lévothyroxine de chiens présentant des troubles du comportement
4) L'hypothyroïdie chez l'être humain
5) Les causes potentielles d'hypothyroïdie chez le chien (des éléments passionnants mais très inquiétants sur les perturbateurs endocriniens !)

Et mon avis, alors ? Je ne sais pas trop. L'hypothyroïdie est une pathologie tellement protéiforme qu'en fait, n'importe quel chien peut entrer dans le tableau clinique...  Il y a 22 items caractéristiques et aucun chien en hypo ne présente le tableau complet, certains signes étant exclusifs d'autres... Par exemple, Fast, Metis et Mugen présentent chacun plusieurs items, et pourtant je ne "sens" aucun des trois comme présentant des problèmes de thyroïde... Je ne sais pas si vous me suivez. Je veux dire : en fait, on peut potentiellement coller "HypoLiT" sur le front de n'importe quel chien un peu problématique, et lui donner ensuite un traitement hormonal. Et, bien sûr que ça améliore son comportement.

Mais ça me rappelle ce bouquin "Listening to Prozac" (un vieux livre) où des chercheurs expliquent très bien comment les médicaments sérotoninergiques agissent comme des régulateurs émotionnels chez n'import qui...et permettent donc à n'importe quelle personne de mieux fonctionner. Une personne un peu pessimiste et parfois triste, sans pour autant être malade de dépression, se sentira mieux. Elle n'avait pas besoin du médicament, mais le médicament a une action bénéfique sur elle, il optimise son mode de fonctionner et de penser.

Alors, faut-il mettre tous les chiens un peu chiants sous lévothyroxine ? Bon, là, je pousse le raisonnement un peu loin... Je veux juste dire qu'il faut se méfier : ne pas utiliser le syndrôme HypoLiT comme le couteau suisse qui donne l'explication et la solution à tout, mais plutôt comme l'ultime tentative thérapeuthique pour les chiens qui ne répondent ni aux thérapies comportementales, ni aux psychotropes.

Si vous l'avez lu aussi, votre avis m'intéresse, comme d'habitude, alors n'hésitez pas à l'occasion !




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