vendredi 2 décembre 2016

Des Nimos qui bullent


Depuis le Roman de Renart (donc en gros depuis qu'il y a une littérature en langue française), on a toujours adoré utiliser des Nimos qui parlent, pour rire, attendrir, dénoncer ou fustiger. Le procédé a traversé les siècles avec toujours autant de bonheur, mais je crois que c'est en BD qu'il est le plus savoureux. Voici mon podium perso des Nimos qui bullent.



Mon amie Laurie m'a offert "Le grand méchant renard" de Benjamin Renner pour mon anniversaire, et ça a été une chouette découverte et un beau moment ! Primée dans la catégorie "jeunesse" au festival d'Angoulême, mais ne vous y trompez pas : indépendamment de votre âge, impossible de ne pas rire aux larmes des aventures de ce loser qui cherche à devenir "quelqu'un", et finit par se trouver dans le lien aux autres.
L'humour est omniprésent, jamais méchant, à travers une galerie de personnages tous mieux croqués les uns que les autres... En filigrane perce une critique drôlement, si drôlement, féroce de certains phénomènes actuels : la bien-pensance terroriste en prend pour son grade, et ça fait du bien. Drôlement !



 

"De Cape et de Crocs", d'Ayroles et Masbou.
Les aventures rocambolesques du loup Don Lope de Villalobos Y Sengrin, et de son acolyte renard (décidément !) Armand Raynal de Maupertuis.
Une revisite parodique, truculente, jubilatoire des plus grands classiques du 17e, de l'Avare à Cyrano de Bergerac, façon roman de cape et d'épées décalé.
Un joyau de la littérature actuelle, oui oui, la virtuosité de l'écriture au service d'un dessin remarquablement fouillé et plein d'humour. Les planches sont truffées d'easter eggs, le genre de BD qu'on peut relire toute sa vie façon "Où est Charlie ?".
Environ 372 références classiques par planche, mais rassurez-vous, on n'a pas besoin d'être un spécialiste du Grand Siècle pour prendre son pied tout au long des dix albums. 
Mention toute particulière à la rixme, revisite des battles de rap actuelles, avec les punchlines en alexandrins ! Il fallait le faire ! 

NB : les dix premiers albums forment un tout, une unique aventure, le onzième est un spin-off d'Eusèbe, assez décevant, à feuilleter par curiosité.





"Blacksad" de Canales et Guarnido.
Blacksad est un chat détective aux Etats-Unis dans les années 50. Un type pas tout à fait recommandable, pas tout à fait méchant, pas complètement gentil, aussi inquiétant que les bas-fonds et l'underground glauque dans lesquels il traîne ses basques.
Une ambiance, une musique, un parfum : Blacksad c'est tout un univers incroyablement graphique, sompteux. Tout est sublime et réussi, du choix des animaux à leurs expressions, aux décors, aux intrigues... Une esthétique qui donne le frisson.
Et puis... il y a John Blacksad. Grand, beau, ténébreux, insaisissable, viril mais fragile, mi-voyou mi-héros. Un chat à la plastique de dieu grec. Il y a de quoi fantasmer, non ? Enfin, tant qu'à tomber amoureuse d'un chat de bande dessinée, plutôt Blacksad que Garfield...

NB : les trois premiers albums, avec en toile de fond les problèmes socioéconomiques des 50's étatsuniennes, m'ont transportée. Les suivants sont moins captivants.


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